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À LA UNE

Avant-propos

Ce site est dédié à mon roman Clichés d'une enfance normale , il est en libre lecture, c'est ce que l'on nomme par endroit un web roman. Au départ, je l'ai publié sous forme de feuilleton, au rythme d'un épisode par semaine. Il est désormais fini et j'ai décidé de le laisser accessible à tous ceux qui veulent le découvrir, cependant vous pouvez me soutenir ou du moins soutenir ce projet en me faisant un don sur le lien ci-dessous. Par avance, je vous en remercie et vous souhaite une bonne lecture. PS : pour la navigation, il suffit de suivre le lien de droite en bas de chaque épisode ou de se référer à la table des matières. Faire un don Le pitch :  Sur la fin de sa vie, un homme est rattrapé par son enfance. Alors que sa mémoire s'effiloche, que les instants se mélangent, perdent toute chronologie, il retrouve, disséminés ici et là, des polaroids, des clichés aux couleurs acidulés, qui seront le point de départ pour remonter le fil des premières année

L'homme qui ne pouvait plus s'assoir

- ÉPISODE 1 - Personne n’aime aller à l’hôpital, se soigner est nécessaire, vital, un acte de bravoure ou de survie, mais le lieu est effrayant, il est l’antichambre d’une fin imminente, une zone de transit sans duty free, ni valises sur roulettes, ni musique d’ascenseur ; pour beaucoup d’entre nous, il est le point de départ vers un ailleurs incertain. Je ne fais pas exception à la règle, mais je suis de ceux qui préfèrent attendre le dernier train en rase campagne, loin des regards, quitte à partir bien plus tôt, seul comme un chien, sans ultime tentative de me faire repêcher par un interne dont le métier est de prolonger le plus possible ma résidence sur cette terre. Ma femme prétend que je suis hypocondriaque, sans doute. Pourtant, ma maladie est bénigne et l’opération s’est correctement déroulée, d’ailleurs, elle est courante m’a précisé le chirurgien, c’est une intervention banale, sans risque, qu’il pratique plusieurs fois par semaine. À cet instant, je pense qu’il tente de rass

Ma rencontre avec Kanye West

- ÉPISODE 2 - Je ne suis pas un affabulateur, beaucoup me reprochent mon sale caractère, ma misanthropie, mais je ne raconte jamais d’histoire. Ma vie me suffit amplement, je n’ai pas besoin de l’enjoliver, ni de m’inventer des aventures extraordinaires afin de me présenter comme je voudrais que l’on me voit. Tel que je suis est suffisant, je ne me rêve pas en personne enviable, chanceuse, je n’ai pas besoin, comme c’est souvent le cas de nos jours, de donner l’eau à la bouche. Ma rencontre avec Kanye West ne fut pas de tout repos. Je suis, comme tout un chacun, à humeur variable, j’ai des hauts et des bas, des jours avec, des jours sans et depuis tout ce temps où je me côtoie, je sais que pendant ces périodes de spleen, le mieux est encore que je disparaisse. Gamin, ma mère disait que j’étais lunatique, que pour une raison, qu’elle ignorait ou feignait de comprendre, je changeais d’humeur en un claquement de doigts et aujourd’hui, je ne peux toujours pas l’expliquer. Toujours est-il

La réalité est un leurre

- ÉPISODE 3 - Je fus interloqué d’entendre sa voix, mais ce n’est que bien plus tard que je pris conscience qu’il parlait mon langage comme toi et moi. Ma première réaction fut de rester sur mes gardes, craignant que sa reddition ne soit qu’un leurre pour mieux contrattaquer par la suite. Il reste au sol, se frotte le museau du revers d’une de ses petites pattes supérieures qui au regard de celles qui le portent ressemblent à un moignon, une petite protubérance atrophiée. Il rompt le silence : — T’as une droite du tonnerre, me lance-t-il sur un ton de connaisseur. Je n’ai rien à lui répondre, si je ne m’attendais pas à une contre-offensive de sa part, je me pincerais afin de voir si je ne dors pas, baignant dans un de ces rêves loufoques où tout est permis d’imaginer. — Tu peux te détendre, j’ai compris la leçon, la partie est finie pour moi, ajoute-t-il. Puis d’un bond, il se relève et poursuit : — Je m’appelle Kanye West et je suis enchanté de faire ta connaissance. Tu es le fils d

À raison perdue

- ÉPISODE 4 - Je persiste à penser que je ne suis pas dans mon état normal, je vais me réveiller, le cours de ma vie reprendra, sans kangourou, sans ce Kanye West sorti de nulle part si ce n'est de mon cerveau embrumé. Sur le parking du motel, il saute du pick-up et me fait part de sa nécessité urgente de manger, lui aussi a les crocs. Nous nous installons à une table en terrasse et comme si tout ceci était normal, je lui demande ce qu'il veut manger. D'un geste précis, il saisit la carte, plantée à la verticale dans un porte-menu, lis la première page, la seconde, puis les deux dernières, son choix se porte sur une salade XXL. La serveuse, une petite jeune, bien en chair, pour ne pas dire grosse et éviter ainsi de heurter les âmes sensibles du moment, me salue et me demande si j'ai fait mon choix. Mon tête-à-tête avec un kangourou ne semble pas l'intriguer, tout va pour le mieux, dans le meilleur des mondes. Un royal burger, une montagne de frites, deux sodas et u

N’est pas Nestor Burma qui veut

- ÉPISODE 5 - De retour de l'hôpital, quelques semaines après ma rencontre avec Kanye West, le voici qui me tapote l'épaule et s'intéresse à mon état de santé. Je ne sais pas si je dois me réjouir de sa réapparition, après tout, la dernière fois que je l'ai vu, nous étions attablés à la terrasse de ce motel sur la route de Réalito, ensuite, il disparut sans me donner de nouvelles, si bien que je crus à un mauvais rêve. Enfin, c'est ce dont j'aurais aimé me convaincre, car il me restait toujours cette photo aux couleurs rétro, comme seul un Polaroid peut en faire, représentant mon père, accoudé à une table, mais sans ce Jimmy Jazz à ses côtés. Je me suis rassuré comme j'ai pu, tout ceci n'avait été qu'un songe, je ne parlais pas la langue kangourou et j'avais dû retrouver ce cliché lors de ma nuit passé sous la véranda de la maison de mon enfance. J'hésite à retourner voir Emilio dans son kiosque à journaux et ainsi me débarrasser de ce Kanye

Chez Rosita

- ÉPISODE 6 - Le prénom de ma femme est Rosita, c'est donc tout naturellement que nous avons nommé le bar que nous tenons "Chez Rosita". En fait, c'est plutôt une buvette à ciel ouvert, quelques tables sont disséminées ici et là sur le trottoir, dans l'ombre d'un tilleul centenaire. Notre véritable source de revenue est la laverie juste derrière, au rez-de-chaussée de l'immeuble dans lequel nous logeons au premier étage. Les clients, principalement des étudiants, s'installent aux tables, commandent un café ou un soda et potassent leurs cours, le temps que leurs lessives se fassent. Mon emploi est d'entretenir, parfois de réparer les machines à laver, de renseigner sur le bon programme à choisir selon le type de couleur ou d'étoffe, en somme, un métier de rêve. Je ne plaisante pas, j'aime ce boulot. Nous sommes là depuis deux décennies, on connait tout le monde dans le barrio, de temps en temps, des jeunes, études finies, reviennent nous vo

La stratégie du caméléon

- ÉPISODE 7 - Ce soir, j’ai revêtu mon costume de gala, j’entends par là, une chemise blanche, mon pantalon le plus récent, c’est-à-dire non râpé aux genoux et je me suis rasé de près. C’est la fête annuelle de l’union des commerçants dont Rosita est la présidente. Comme à chaque fois, elle s’angoisse, le nouveau traiteur sera-t-il au goût de chacun, a-t-elle commandé suffisamment de Prosecco, son discours, qu’elle peaufine depuis plusieurs semaines, sera-t-il digne de l’évènement ? Je la rassure, tout ira bien, à chaque fois, c’est la même histoire, elle stresse et en fin de soirée, elle reçoit les louanges de tous. Je ne la changerai plus, c’est une bileuse dans l’âme. J’ai passé le début de la soirée à parler avec Emilio, qui n’en peut plus de son kiosque, il a hâte de le vendre et enfin de profiter d’une retraite bien méritée, en attendant, il égrène les trimestres, mais le temps lui semble long. De plus, la presse est en perte de vitesse, les gens n’achètent plus de journaux, ils

Ensemble, ils sont de la dynamite

- ÉPISODE 8 - Je salue d’autres commerçants du barrio et j’en profite pour m’éclipser, laissant Emilio à sa complainte qu’il réitère volontiers aux nouveaux arrivants. Je prétexte le besoin de fumer une cigarette, au premier étage un balcon à colonnade est l’endroit réservé aux fumeurs et à ceux qui veulent prendre l’air, un verre de vin pétillant à la main. L’endroit est agréable, il surplombe les toits des immeubles du quartier, la vue plonge sur le Palacio dont les réverbères soulignent ses courbes et serpentent le long de l’océan. À l’étage, une balustrade taillée dans le granit fait office de garde corps et séparent l’espace en deux corridors haut de plafond. La lumière y est faible, éclairé seulement par la lueur du rez-de-chaussée et la baie vitrée, tout au fond s’ouvrant sur le balcon. Je me glisse dans l’ombre des arcades, mon esprit flâne ailleurs, rien de précis n’occupe mes pensées quand j’entends un bruissement d’air dans le couloir opposé. Tout est calme, tranquille, je

Haro sur les cons !

- ÉPISODE 9 - Au sous-sol, je retrouve Rosita dans la salle de spectacle, elle m'a réservé une place à côté d'elle, nous sommes au premier rang, à quelques mètres de la scène. Je discerne la fatigue sur son visage, elle a hâte que la soirée se termine, tout ceci n'est plus de son âge, m'avoue-t-elle. De mon côté, je fais bonne figure, moi aussi, je voudrais rentrer à la maison, j'en ai assez de ces mondanités, mais en tant que mari de la présidente, je me dois d'être auprès d'elle jusqu'à la fin. D'années en années, le programme ne varie guère, le maire commence par son discours où il remercie beaucoup de monde, rend hommage à la vitalité de l'union des commerçants, sans laquelle, notre ville n'aurait pas ce visage, et évidemment, au passage, il n'oublie pas de s'autogratifier, car son équipe et lui ont toujours été là pour la soutenir. Puis, nous avons droit à un duo de comique, dont je trouve les blagues pas très drôles, ce qui doi

Cliché aux couleurs acidulées

- ÉPISODE 10 - D'un bond, je saute sur la scène, me faufile derrière le rideau rouge et me glisse dans l'avant-scène. Je suis en colère, le kangourou n'a qu'à bien se tenir, je vais lui tordre le cou. C'est dans sa loge que je le retrouve, il m'accueille sourire aux lèvres, mais il sent très vite que mes intentions ne sont pas pacifistes ; d'un saut, il me bouscule et s'enfuit dans le couloir. Je me rattrape in extremis à des costumes accrochés à une patère et lui emboîte le pas. L'endroit est étriqué, il cabriole difficilement, ses bondissements sont maladroits et il prend appuis sur les cloisons pour retrouver un certain équilibre. Finalement, il entre dans les toilettes et s'enferme dans une cabine. J'y pénètre à sa suite, le front dégoulinant de sueur et le souffle coupé. Je devrais suivre les conseils de Rosita et admettre que je dois absolument arrêter de fumer, désormais le moindre effort m'étouffe, me réduit au rang de vieillard

Un peu tous les jours

- ÉPISODE 11 - Je n'ai pas fermé l'œil de la nuit. Hier soir, Rosita et moi sommes rentrés bras dessus bras dessous, elle était joyeuse, le stress de la préparation de la soirée était retombé. Elle se sentait légère, délestées de ses angoisses et de ses appréhensions, mais tout avait été parfait, sans anicroches de dernières minutes, on l'avait même couverte d'éloges, dès lors, elle côtoyait les anges. Sur le chemin du retour, elle m'interrogea sur le spectacle, comment j'avais trouvé tel ou tel chanteur, je lui mentis, car à vrai dire mes souvenirs s'arrêtaient aux deux comiques dont l'humour était pathétique. Bien sûr, je me souvenais de la prestation de Kanye West, mais m'abstint de lui en parler. En résumé, nous n'avions pas vu le même spectacle. Malgré la fatigue, je ne dormis point, je me tournais, puis me retournais, et m'emmêlais dans les draps, ne trouvant pas le sommeil. Je restais les yeux grands ouverts, accroché à ce cliché aux

We can do it !

- ÉPISODE 12 - Le kangourou m'observe, il ne perd aucun de mes gestes et semble très intéressé par la réparation. On ne se parle pas, de temps à autre, je lui demande de me passer une clé, il se lève alors de la caisse à outil, qu'il utilise comme tabouret, soulève le couvercle et cherche dans les casiers, la clé au numéro demandé : — Plate ou à tube, me demande-t-il ? — Plate. Voilà, on se contente de ce genre d'échange. La machine à laver ne se vidange plus, c'est une panne fréquente, souvent ce n'est qu'un simple mouchoir en papier, oublié dans une poche, qui s'est glissé dans l'évacuation et bloque tout le système. Ce n'est pas bien méchant, mais la réparation est laborieuse. Il faut démonter le capot arrière, ensuite dévisser les raccords du tuyau, l'eau prisonnière du tambour se vide alors sur le sol carrelé, ensuite glisser une tige souple, genre un cintre, dans la canalisation, et pousser à l'autre extrémité l'objet qui l'ob

Vague à l'âme

- ÉPISODE 13 - Les deux clichés sont étalés devant moi. D’un côté, moi, gamin, un baril de lessive rempli de Legos dans les bras et de l’autre Alessandro et le père de Kanye West, attablés, comme je le suis dans ce bar. Il fixe l’objectif et esquisse un sourire franc, joyeux. C’est étrange d’appeler son père par son prénom, au plus loin que je me souvienne, je ne me suis jamais entendu prononcer le mot papa. Après notre fuite de la maison familiale, car c’est bien ainsi que l’on peut qualifier notre départ, je ne l’ai pratiquement plus revu. Ma mère avait profité de son premier jour de vacances estivales pour partir alors que lui était à son travail. Je me souviens parfaitement de ce moment de panique, à la hâte, elle avait fait sa valise, la mienne était déjà prête, cachée sous mon lit. Elle claqua le coffre de la voiture et m’ordonna de monter à l’arrière, elle jetait des coups d’œil hagard dans tous les sens, craignant que mon père, tel le diable, ne surgisse de nulle part. Elle ne

Jeté dans un coin

- ÉPISODE 14 - D'autres amis se sont joint à nous, Emilio a toujours su fédérer beaucoup de gens autour de lui, je l'admire pour ça. La partie de domino n'est désormais qu'un prétexte pour boire un verre et discuter de tout et de rien. Moi, ce serait plutôt de rien dont je voudrais parler, alors je cède ma place à la table et quitte tout ce beau monde un sourire forcé aux lèvres. Ces clichés me hantent, ils prennent bien trop de place dans mon esprit, je dois agir, je le sens bien, mais je doute qu'au fond de moi, j'en ai vraiment envie. Qui aime retourner dans ce qu'il a tenté d'effacer sa vie durant ? Qui est prêt à affronter ses vieilles blessures… ? Des blessures qui ne m'ont pas empêché de vivre, de construire ma vie comme tout un chacun et je pense m'en être plutôt bien sorti. D'autres, bien moins chanceux que moi, sont restés cloués au sol, ressassant inlassablement leur mal-être, leur enfance sacrifiée et se sont enlisés, vaille que

In the Navy

- ÉPISODE 15 - Faut-il m'habituer à converser avec ce kangourou ? Je pense que oui, j'ai baissé les bras, la lutte est harassante et je n'ai plus en moi, la force de m'opposer à lui, du moins au simple concept qu'il existe, qu'il soit réalité. À bien y réfléchir, le fatalisme est reposant, se soumettre simplement aux aléas de l'existence, ne chercher en aucun cas à comprendre ce qui se présente à soi, est apaisant. Je n'ai pas la foi en Dieu, mais j'ai toujours admiré ceux qui en sont imprégnés, s'en remettre à une idole laisse entrevoir la vie sous d'autres cieux. Maintenant, je le comprends et je n'ai plus envie de ricaner quand on me parle de puissance supérieure. L'âge avançant, le rapprochement inéluctable du dernier voyage favorise sans doute la recherche du divin, et puis, il est bien plus agréable de pénétrer l'au-delà en bonne compagnie que de s'envisager rongé par les vers. Cependant, que l'on ne me parle pas de

La vie vous joue des tours

- ÉPISODE 16 - Le temps passant, mon père abandonna toutes idées de nous ramener à la maison. Il baissa les armes, ma mère l’avait renié, il en fit de même, elle n’existait plus, peut-être seuls quelques souvenirs complices, ceux du début de leur rencontre habitaient encore sa mémoire, mais pour le reste, il avait fait table rase. Et, par la même occasion, il m’oublia aussi. J’étais devenu ce renégat qui l’avait trahi, Brutus assassinant César, l’enfant que l’on délaisse, celui qui à ses yeux n’était qu’une extension de sa mère, un traitre, un bout de rien qui ne méritait plus la moindre attention. Comme d’habitude, mon avis importait peu, mais son attitude confortait les pensées de ma mère, j’étais bien dans son camp, j’étais totalement à elle, sans partage. Par la suite, elle ne me parlera jamais de lui, si ce n’est de rares fois pour n’en dire que du mal. Cependant, mes grands-parents habitaient toujours Réalito et lors des vacances scolaires, ma mère, ne pouvant me laisser seul, l

En milieu hostile

- ÉPISODE 17 - Rosita prétend que je perds la boule, elle le dit gentiment, mais je sens qu'elle s'inquiète à mon sujet. Plusieurs fois déjà, elle me l'a fait remarquer, j'oublie des choses, je mélange des souvenirs ou je ne me souviens plus de telles ou telles situations de mon passé proche. Mon histoire avec le kangourou, même si je ne lui en parle plus, la perturbe et elle voudrait que je passe des examens, que j'aille voir un spécialiste afin qu'il me donne son diagnostic sur mon état de santé. Je suis dubitatif et minimise ses propos, je prends ça à la rigolade en lui rappelant que je ne suis plus très jeune, qu'à mon âge il est normal d'avoir quelques défaillances de la mémoire, mais je vois bien que je peine à la convaincre. J'ai d'autant plus de mal à la comprendre que j'ai le sentiment au contraire de retrouver la mémoire, mon enfance resurgit dans les arcanes de mon cerveau comme jamais. Alors, pourquoi m'inquiéter ? Je voudrai

Quelques centimètres d'eau

- ÉPISODE 18 - Je m’attends à ce qu’il surgisse d’ici peu. La dernière fois que je l’ai vu remonte à quelques jours, peut-être d’avantage, mais je ne crois pas, le temps n’est plus un ami fiable, il se disloque, je ne le mesure plus. Ce dont je me souviens, sans grande certitude, c’est qu’il était tombé à la renverse, entrainant dans sa chute d’autres chaises, une table aussi et je l’ai laissé en plan, se débrouiller seul dans son mikado de ferraille. Je n’en éprouve aucune culpabilité, ce kangourou a le don de m’agacer, pourtant aujourd’hui, je l’appelle de tous mes vœux, car je sais qu’à travers lui, c’est le fil de mon enfance que je dénoue. Pourquoi me jeter à corps perdu dans mes premières années, alors que jusqu’à encore ces dernières semaines, je m’acharnais à les effacer de mes souvenirs ? Sans doute dois-je admettre qu’elles ont fait de moi ce que je suis aujourd’hui, ce que j’ai été ma vie durant, mais est-ce vraiment ce qui me pousse à remettre à jours ces moments oubliés ?

Oui, mais des Panzani !

- ÉPISODE 19 - Kanye West me dévisage, il tente de trouver en moi cette faille que je m'obstine à dissimuler depuis tant d'années, depuis toujours, il me semble. Ce qui n'est pas tout à fait vrai, la cicatrice date de la mort d'Alessandro et sans doute de la période qui la précéda, soit de la fuite en catimini de ma mère à sa chute dans le ruisseau. Avant leur séparation, les souvenirs sont radieux, joyeux, certes de temps à autre entachés par les disputes, mais je les chéris, ce sont de bons moments. Ensuite, bon an mal an, je me suis accommodé de ce sentiment d'abandon qui n'a jamais cessé de me clouer au sol. J'écris ces mots empreints d'humilité, car il m'a fallu une vie entière pour le nommer, pour lui donner sens et enfin comprendre. L'abandon n'existe que si tu ne le nommes pas, il est en toi, te gangrène, tu composes avec lui, persuadé que tout humain le ressent, qu'il est partie intégrante de chacun. Mais, je me trompais, il est
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