Linda : Une immersion sonore au cœur de la solitude urbaine
Fiction sonore
Introduction
Tous les mercredis soir, le salon du Novotel de la Porte d'Asnières devient le décor d'une étrange répétition. Dans mon dernier podcast, je vous invite à suivre le récit d'un homme dont la vie se mesure en kilomètres et en chambres d'hôtel. Voici 'Linda', une nouvelle noire qui explore les recoins de l'amertume et des sentiments passagers.
Inspiré par l'esthétique d'Edward Hopper : la solitude dans la lumière artificielle.
Vous pouvez écouter l'épisode complet via le lecteur ci-dessous :
Coulisses de la création
Pour ce projet, j'ai voulu créer une expérience totale :
- L'ambiance visuelle : Directement inspirée par les tableaux d'Edward Hopper, pour retranscrire ce sentiment d'isolation propre aux lieux publics déserts.
- Le Sound Design : Un mélange de Dark Jazz et de sons d'ambiance (le souffle de la clim, le clic d'une serrure magnétique) pour que vous soyez, vous aussi, dans cette chambre du troisième étage.
- Le récit : Une plongée dans le quotidien d'un VRP, un métier de l'ombre où la solitude est une compagne de route fidèle.
La nouvelle (le texte)
Tous les mercredis soir, je retrouve Linda au salon du Novotel de la Porte d'Asnières. C'est presque devenu un rituel, immanquablement, elle m'attend sur le sofa rose, dos à la baie vitrée et vue discrète sur la réception.
D'ailleurs, c'est là que je l'ai aperçu pour la première fois. Elle était accompagnée d'un homme âgé, les cheveux gris tirés en arrières, elle riait aux éclats, une coupe de champagne vide à la main.
Son père, puisqu'il s'agissait de lui, vivait à Mont-de-Marsan, était de passage éclair à Paris, et ne pouvait pas reprendre son train sans passer la soirée avec sa fille chérie.
Ce ne fut que le mercredi suivant que je l'invitais à boire un verre, ensuite, nous sommes allés diner dans une brasserie sur le boulevard. Elle me raccompagna jusqu'à l'entrée de l'hôtel, l'air était tiède, la douceur de ces premiers jours d'été annonçait une belle saison estivale. Je l'embrassais sans difficulté, sous le regard connivent du portier, et sans grande résistance également, l'emmenait dans ma chambre au troisième étage. Depuis cette nuit, on se retrouve ici tous les mercredis de la semaine.
Je suis, ce que l'on nomme communément un VRP, pour Vendeur, Représentant et Placier, c'est un métier comme un autre, je suis toujours en déplacement, et je n'ai pas beaucoup d'attaches, alors j'apprécie ces moments avec Linda. Les premiers temps, les souvenirs de nos nuits n'eurent que peu d'importance, tout le monde sait pertinemment que les VRP ont une femme dans chaque port, enfin, c'est la légende, la réalité est beaucoup moins gaie.
Ce soir, sans doute plus que les autres, je me sens seul, elle est distante, ses rires sont forcés. Je lui ai demandé, à tort, comment elle envisageait notre avenir. J'ai lu dans son regard l'étonnement, ou peut-être l'agacement, j'aurai mieux fait de me taire. Elle aime passer du temps avec moi, nos rendez-vous du mercredi sont une lumière dans sa semaine, pourquoi changer ces instants, ces moments de plaisir privilégiés.
Je n'insiste pas, je me suis aventuré en terrain miné, que pourrai-je lui offrir de plus, elle n'est pas femme à tenir son foyer en attendant le retour de son mari, parti la semaine durant, sillonner les routes de France. Je n'ai que ces quelques heures à partager, je le sais bien, je me convaincs comme je peux. Elle se fait chatte et me propose de retourner dans notre chambre, la nuit nous ensevelit, elle se donne à moi et l'on s'endort l'un contre l'autre, serein…
Je sors de la salle d'eau, Linda est encore assoupie, les draps plissés sur son corps parfait. La chambre est louée jusqu'à onze heures, elle a tout son temps. Je m'approche d'elle, lui caresse la nuque et l'embrasse sur le front.
Elle s'éveille et me sourit :
— À mercredi prochain, me souffle-t-elle.
J'attrape mon veston et avant de la quitter, je fouille ma poche intérieure, trouve quelques billets de cent que j'étale en éventail sur la table de nuit.
Pour aller plus loin :
La version papier du recueil est sur ce lien :
https://shop.herve-fuchs.fr/produit/toles-froissees-et-benignes-eraflure/
La version numérique ci-dessous :
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