Pour toi, la lune, je décrocherai… (Podcast & Nouvelle)
« Je déteste que l’on vienne me déranger le samedi soir, c’est un moment sacré... » Le ton est donné. Dans ce nouvel épisode de mon podcast, je vous emmène dans l'intimité d'un appartement parisien où la routine est bousculée par l'arrivée d'Antoine. Antoine a l'âge de mon fils, l'arrogance des beaux quartiers, et une fâcheuse tendance à s'incruster entre mon verre de whisky et ma chère Josy. Entre les sacs du Bon Marché, les samosas et une chanson a capella un peu trop mielleuse, la soirée prend une tournure que même le narrateur le plus désabusé n'aurait pu prédire.
Pour toi, la lune, je décrocherai…
Je déteste que l'on vienne me déranger le samedi soir, c'est un moment sacré et j'aime le passer tranquille, un verre à la main, en compagnie de ma chère et tendre. Mais, voilà, Antoine, le nouveau collègue de ma femme, s'est encore invité. Il a l'âge de mon fils, son arrogance aussi. Il n'est pas mauvais, du moins je ne pense pas, on ne connaît jamais vraiment les gens, il est juste collant.
Quand Josy, ma femme, me l'a présenté, j'ai fait bonne figure. Régulièrement, elle invite du monde à la maison pour briser la monotonie de notre vie, lui, pas plus que les autres ne m'enthousiasma, je me suis contenté de maintenir ce lien social, si cher à Josy. Et puis le samedi après-midi, il l'accompagne au
Bon Marché, ils font les vitrines des magasins, le Lutécia et tout le tralala, rien que pour ça il mérite une médaille.
Pendant ce temps, je peux m'avachir sur le canapé, j'ai le téléviseur pour moi tout seul. Je me suis tout de même interrogé sur leur relation, Josy est encore une jolie femme, mais elle pourrait être sa mère. Je me suis demandé si le gamin n'avait pas un problème d'œdipe ou quelque chose dans le genre, car Josy n'a rien d'une cougar.
Pour en avoir le cœur net, je lui ai posé la question, elle a souri :
– T'es trop mignon, m'a-t-elle répondu.
Si je suis trop mignon, elle parlait en fait de ma jalousie de jeune premier, je n'ai donc pas à m'inquiéter, mais je le surveille tout de même du coin de l'œil.
Ce samedi soir là, je l'ai accueilli assez froidement, ça je sais faire. Je n'ai pas mon pareil pour faire sentir aux gens qu'ils ne sont pas les bienvenus. Ce n'est pas parce qu'il porte à bout de bras les sacs d'un après-midi de shopping, que je lui proposerai un verre ou qu'il restera dîner. Josy en décida autrement, elle avait acheté suffisamment de samosas, feuilles de vigne et autre taboulé libanais pour qu'il reste manger.
Je me suis servi un whisky, sans glace et nous avons dîné gentiment. La soirée fut même agréable. Antoine se révèle charmant, il a de la discussion, un avis tranché sur les actualités politiques et il use d'un humour ravageur pour faire pleurer de rire Josy.
Puis Antoine se met à fredonner un air de musique, il écrit des chansons, c'est son dada. Il veut absolument nous faire écouter a capella sa dernière création :
– Pour toi, la lune je décrocherai…
Je peine à garder mon sérieux, le mieux est encore de m'éclipser. La bouteille est vide, j'en profite pour en chercher une nouvelle. Ma cave à vin est installée dans mon bureau, j'entends Antoine dans le couloir, il fredonne l'air de sa nouvelle chanson :
– Pour toi, la lune, je décrocherai…
Son regard se pose sur moi, il me prend la main et m'embrasse.
💭 Note de l'auteur :
Ce récit s'inscrit dans une esthétique de "réalisme sale", quelque part entre la mélancolie d'un John Fante et le cynisme urbain. C'est une histoire sur les faux-semblants, la jalousie qui se trompe de cible et les surprises qui se cachent au détour d'un couloir de cave à vin.
Pour aller plus loin :
La version papier du recueil est sur ce lien :
https://shop.herve-fuchs.fr/produit/toles-froissees-et-benignes-eraflure/
La version numérique ci-dessous :

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